Laurie : Il y a une quinzaine d’années, j’avais 27 ans et demi. À ce moment-là, j’étais déjà parente de deux enfants : une petite fille de deux ans et demi, et un nouveau-né. Les deux sont arrivés alors que je prenais la pilule. Et, quelques mois après mon deuxième accouchement, malgré une reprise rapide de la contraception, je suis tombée enceinte à nouveau. Nous avons fait le choix d’une IVG médicamenteuse.
Mon compagnon de l’époque avait déjà une jeune enfant en garde alternée, et avec les deux que nous avions ensemble, cela faisait trois.
Envisager un quatrième enfant nous semblait totalement inadapté. Les conditions matérielles, logistiques, affectives n’étaient pas réunies. Nous vivions déjà le rythme intense des jeunes enfants, avec les questions de place, de voiture, de disponibilité… Et surtout, nous voulions pouvoir offrir un cadre de vie correct et attentionné à ceux qui étaient déjà là. Nous avons donc pris ensemble la décision de recourir à une IVG (interruption volontaire de grossesse).
Je ne voulais pas retourner à l’hôpital. J’avais accompagné une amie dans un service hospitalier public, et elle y avait subi des remarques culpabilisantes de la part du personnel soignant. Même si elle avait tenu bon, elle en était ressortie très mal, et ça m’avait marqué.
J’ai choisi une IVG médicamenteuse, au Planning Familial.
L’équipe m’a bien expliqué les étapes. J’ai pris le premier comprimé sur place, puis le second chez moi, c’était le week-end. J’avais choisi d’être seul·e, pensant que ce serait une étape que je devais affronter ainsi. J’étais donc chez moi, seul·e avec mes deux jeunes enfants. Ce n’était pas une bonne idée.
Même si tout s’est globalement bien passé sur le plan médical, je me souviens de ce moment sur les toilettes — on ne voyait rien, mais c’était impressionnant. Je me suis senti·e très faible, et gérer ce moment avec les enfants, c’était difficile. Si c’était à refaire, je demanderais de l’aide, je les ferais garder, ou je me ferais accompagner. C’est important de ne pas traverser ça seul·e. D’avoir quelqu’un de confiance à ses côtés.
Je n’ai aucun regret. Mais je n’étais pas préparé·e à ce que le corps traverse : le sang, les contractions, la douleur. Ce sont de très grosses règles, avec des crampes similaires à des contractions d’accouchement. Ce n’était pas insurmontable, mais c’était intense.

Si je peux donner un conseil : ne restez pas seul·e, et n’ayez pas honte.
À l’époque, je voulais que personne ne le sache. Et puis, des années plus tard, en parlant avec des ami·es, je me suis rendu·e compte que je n’étais pas seul·e. Que c’était une expérience partagée par beaucoup et que quand elle n’est pas parlé elle peut laisser des traces de malaise.
C’est une étape, même quand c’est un choix. Et on devrait pouvoir en parler librement, que ce soit avec des ami·es ou dans un lieu comme le Planning. Aujourd’hui, quand je regarde mes enfants qui ont grandi, je me dis que nous avons bien fait. Prendre le temps de faire les choses bien, avec lucidité, c’était aussi une manière de respecter les enfants que nous avions déjà.
Pour en parler : 0800 08 11 11 ou le tchat