« My Voice, My Choice : pour un avortement sûr et accessible »
Ces derniers mois, la question de l’accès à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) a de nouveau occupé le devant de la scène européenne. En toile de fond : de fortes inégalités entre États membres, des reculs préoccupants dans certains pays, et des milliers de femmes et de personnes queer contraintes chaque année de renoncer à des soins essentiels ou de se déplacer pour y accéder. C’est dans ce contexte qu’est née l’initiative citoyenne européenne « My Voice, My Choice : pour un avortement sûr et accessible ».
Origine de l’initiative européenne IVG « My Voice, My Choice »

Lancée par un collectif de citoyen·nes et d’organisations européennes, l’initiative « My Voice, My Choice » part d’un constat largement documenté : le manque d’accès à l’avortement sans danger et légal dans plusieurs pays de l’Union européenne met en danger la santé, les droits et la dignité des femmes.
Lorsque l’IVG est restreinte, criminalisée ou rendue inaccessible par des obstacles pratiques (délais irréalistes, clauses de conscience abusives, absence de structures), elle ne disparaît pas. Elle devient plus dangereuse. Les données de l’OMS et des instances internationales sont claires : considérer les soins de santé sexuelle et reproductive comme un luxe n’entraîne pas une baisse du nombre d’avortements, mais pousse les femmes vers des pratiques clandestines, coûteuses et risquées, avec des conséquences physiques, psychologiques, sociales et économiques majeures — en particulier pour les femmes les plus précaires.
Après avoir recueilli plus d’1,1 million de signatures validées, l’initiative a été officiellement déposée auprès de la Commission européenne en septembre 2025.
Initiative européenne IVG : quels objectifs pour un avortement sûr et accessible
Contrairement à ce qu’affirment ses opposants, l’initiative ne vise pas à harmoniser les législations nationales sur l’avortement, ni à imposer un modèle unique aux États membres. Elle s’inscrit dans un cadre juridique précis : celui des compétences d’appui de l’Union européenne en matière de santé publique.
L’objectif est de demander à la Commission européenne de proposer un mécanisme de soutien financier volontaire (« opt-in »), permettant aux États membres qui le souhaitent de réaliser des IVG pour des personnes venant de pays où l’accès à un avortement sûr et légal reste impossible. Il s’agit d’un dispositif de solidarité, respectueux de la souveraineté nationale, conforme aux traités européens — notamment à l’article 168 du Traité sur le fonctionnement de l’UE, qui autorise l’Union à soutenir et compléter les politiques nationales de santé.
Le vote du Parlement européen : une reconnaissance politique forte
Les 16 et 17 décembre 2025, le Parlement européen a débattu puis adopté une résolution exprimant son soutien politique à l’initiative « My Voice, My Choice ». Ce vote est important à plusieurs titres.

D’abord, parce qu’une résolution du Parlement européen, même non contraignante juridiquement, envoie un signal politique clair : celui de la reconnaissance de l’accès à l’IVG comme un enjeu majeur de santé publique, d’égalité et de droits fondamentaux. Ensuite, parce qu’il s’inscrit dans la continuité de positions déjà exprimées par le Parlement ces dernières années, appelant à protéger et renforcer l’accès à l’avortement face aux reculs observés en Europe et ailleurs dans le monde.
Enfin, ce vote rappelle que les institutions européennes ne sont pas condamnées à l’inaction dès lors qu’il s’agit des droits des femmes.
Des critiques anti-choix… juridiquement fragiles
À la suite de ce vote, plusieurs organisations anti-choix ont dénoncé ce qu’elles qualifient de dérive « idéologique » et de violation des traités européens. Elles affirment notamment que l’Union européenne n’aurait aucune légitimité à agir sur la question de l’avortement.
Ces critiques reposent toutefois sur une lecture partielle et biaisée du droit européen. Oui, l’UE ne peut pas imposer une législation sur l’IVG aux États membres. Mais non, cela n’interdit pas toute action européenne. Les traités permettent explicitement à l’Union d’intervenir en soutien des politiques nationales de santé, de financer des programmes, et de promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes. Par ailleurs, une résolution du Parlement européen ne modifie pas les traités et n’impose aucune obligation juridique aux États.
Qualifier cette démarche d’« anti-constitutionnelle » relève donc davantage du discours militant que de l’analyse juridique rigoureuse.
Pourquoi l’accès à une IVG protégée est un enjeu fondamental
Garantir l’accès à une IVG sûre, légale et sans jugement, ce n’est pas promouvoir l’avortement : c’est protéger la santé, l’autonomie et la dignité des femmes et personnes queer pouvant être enceinte. C’est permettre à chacune de décider de sa vie reproductive sans risquer sa santé, sa liberté ou sa situation économique. C’est aussi lutter contre des inégalités profondes, car ce sont toujours les personnes les plus précaires qui paient le prix des restrictions.
En soutenant l’initiative « My Voice, My Choice », le Parlement européen rappelle une chose essentielle : le droit de choisir est une condition de l’égalité réelle, et la solidarité européenne ne peut s’arrêter aux frontières nationales lorsqu’il s’agit de soins de santé essentiels.
Ce vote n’est pas une fin en soi. Mais il marque une étape importante vers une Europe plus juste, plus solidaire et plus respectueuse des droits fondamentaux de toutes et tous.
Pour aller plus loin :
https://citizens-initiative.europa.eu/initiatives/details/2024/000004_fr