Témoignage : Une autre époque..

Christine : J’aimerais partager ici mon expérience de l’interruption volontaire de grossesse, dans un contexte bien différent de celui d’aujourd’hui.

En 1973, j’avais 24 ans lorsque j’ai entamé une relation amoureuse avec celui qui allait devenir, l’année suivante, mon mari. Nous avons partagé plus de quarante années de vie commune, eu deux enfants, avant qu’il ne décède. Dès notre premier rapport sexuel — non protégé — je suis tombée enceinte.

À cette époque, la contraception était encore difficile d’accès ….

… pour de nombreuses femmes, et l’IVG illégale. J’ai rapidement consulté un médecin, qui m’a prescrit des injections censées provoquer mes règles. J’ai découvert par la suite que ces piqûres avaient en réalité l’effet inverse : elles favorisaient la fixation de l’œuf.

Je n’étais qu’au début de cette relation, et je ne voulais pas que mon futur mari reste avec moi par contrainte. Je tenais à ce que notre engagement soit librement consenti. J’ai donc pris, seule, la décision d’interrompre ma grossesse. C’était une décision difficile à mettre en œuvre, dans un contexte où l’IVG était pénalement répréhensible, médicalement risquée, et socialement taboue.

Par le bouche-à-oreille, j’ai fini par trouver un gynécologue …

… qui a accepté de pratiquer un curetage dans son cabinet, sans anesthésie. L’intervention a été extrêmement douloureuse, physiquement et moralement. Je préfère taire les paroles humiliantes que ce médecin m’a adressées alors que je criais de douleur.

À l’époque, mes moyens financiers étaient très limités. Le coût de l’intervention était élevé, car les médecins agissaient dans la clandestinité. Mon compagnon a pris en charge la totalité des frais, ce que j’ai accepté.

Aujourd’hui, je regarde cette période sans amertume

Je me réjouis que les jeunes femmes puissent désormais avoir accès à la contraception d’urgence ou à une IVG dans des conditions médicales et humaines bien meilleures. Ce moment de ma vie, bien que douloureux, n’a jamais été un drame pour moi. J’ai ressenti un profond soulagement après l’intervention et je n’ai jamais regretté ma décision.

Cela dit, cette IVG clandestine, pratiquée dans des conditions extrêmement limites par ce médecin — sans anesthésie, hors cadre sécurisé, et avec peu d’égards pour ma douleur — a eu des conséquences. Mais cela ne remet en rien en cause mon choix de l’époque, fait avec lucidité et conviction.

Si mon témoignage peut aider ne serait-ce qu’une seule femme à se sentir moins seule ou plus forte dans son cheminement, alors il aura eu du sens.

C’est aussi pour cela qu’il est essentiel de rappeler combien la légalisation de l’IVG ..

C’est aussi pour cela qu’il est essentiel de rappeler que les époques changent et combien la légalisation de l’IVG a été une avancée majeure : elle a permis de sauver des vies, de protéger la santé des femmes, et de leur rendre enfin la dignité de choisir en toute sécurité.*

Pour en parler : 0800 08 11 11 ou le tchat

Photo avec écriture. A l'écrit il est noté en lettres rouges, "premier février, le Sénat doit voter pour l'entrée du droit à l'avortement dans la constitution !" signature : #IVG constitution et logo du planning. La photo représente le Sénat vu d'en haut.

*Depuis les années 1970, la législation sur l’IVG en France a connu une évolution majeure : interdite et clandestine avant la loi Veil de 1975, elle est aujourd’hui un droit reconnu, encadré médicalement, remboursé par la sécurité sociale, et récemment inscrit dans la Constitution afin de garantir son accès à toutes les femmes.

Publications similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *